En août, les surendettés affluent chez Crésus

Sur les sept premiers mois de l’année, l’association a reçu et pris en charge 777 personnes ou familles en situation de surendettement.

Surendettés, nouveaux pauvres, accidentés de la vie... Jamais, la Chambre régionale du surendettement social (Crésus) n’avait accueilli autant de personnes dans des situations souvent inextricables...
De vacances au soleil et à la plage, ils n’en ont plus qu’un très lointain souvenir, pour eux c’était au siècle dernier : ils sont ainsi des dizaines chaque jour à frapper à la porte de Crésus à Strasbourg ou à venir aux multiples permanences organisées à travers toute la région.

La procédure de redressement personnel de la Banque de France, une seconde chance

« L’affluence atteint ce mois-ci un nouveau record », atteste Jean-Louis Kiehl, le directeur de Crésus Alsace. » Les gens n’y arrivent plus, la rentrée va être dure avec des factures qui tombent et des banques qui se raidissent en matière de facilités de découvert ou de crédits à la consommation », ajoute le président de Crésus, Éric Sander. Beaucoup de malheureux racontent qu’ils font les poubelles des supermarchés pour trouver à nourrir leur famille : « Ce sont, explique Jean-Louis Kiehl, des travailleurs pauvres, des gens qui galèrent, mais qui n’ont pas accès aux Restos du Coeur. » Sur les sept premiers mois de l’année, l’association a reçu et pris en charge 777 personnes ou familles en situation de surendettement. Un peu plus que l’an dernier à pareille époque, mais à cette différence près que les situations individuelles s’avèrent beaucoup plus graves. « Même en étalant les dettes sur dix ans, ces gens ne pourront pas sortir la tête de l’eau. » Alors, il n’y pas de réelle alternative : ces sinistrés du crédit passent par la case Banque de France et établissent un dossier de surendettement qui peut, le cas échéant, leur permettre de bénéficier d’une extinction partielle, voire totale des dettes. « Pour ces personnes, la procédure dite de redressement personnel s’apparente à une seconde chance »,
reconnaît Anne Winterhalter, la nouvelle directrice régionale adjointe de la Banque de France. Mais elle remarque néanmoins que 80 % des dossiers traités par ses services permettent de « bâtir » un plan d’apurement du passif, contre seulement 65 % au plan national. N’empêche : Anne Winterhalter constate que les situations individuelles sont de plus en plus dramatiques : « On reçoit des gens qui n’ont plus
les moyens de vivre, de se nourrir », lâche-t-elle. Chez Crésus, l’équipe de Jean-Louis Kiehl et la trentaine de bénévoles qui l’assistent ne savent plus comment répondre à cette détresse.

Les bailleurs sociaux tirent la sonnette d’alarme dès le premier impayé de loyer
Aussi essaient-ils de mettre en place des mécanismes de prévention. Depuis janvier par exemple, 262 familles alsaciennes ont bénéficié d’un accompagnement budgétaire. « Le problème, résume Éric Sander, c’est que l’acte de consommer dans l’esprit de beaucoup de gens passe aujourd’hui en premier, ils ne se préoccupent pas des moyens. » Le résultat, hélas, on le connaît. Reste à trouver les moyens pour des associations comme Crésus d’intervenir dès les premières difficultés, avant que la spirale du surendettement ne s’enclenche de façon irréversible : « Nous avons mis en place, avec une dizaine de bailleurs sociaux en Alsace, un mécanisme d’alerte : dès le premier impayé de loyer, ils envoient leurs locataires chez nous pour tenter de trouver des solutions », révèle Jean-Louis Kiehl.
Et des solutions, il en trouve. Exemple récent : suspension de trois forfaits téléphones dans une famille, remplacement par un portable à carte. À cet égard, pour éviter les tracasseries, Crésus a passé un accord avec Bouygues et s’apprête à en faire de même avec SFR et Orange.

Christian Lienhardt

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