Sylviane Gauvin entre les mains d’Isabelle Uhlmann, coach, sous le regard attentif de Muriel Brex, gérante de Déclic Image.

Relooking, suivi psychologique, accès à des colis alimentaires : douze chômeurs bas-rhinois bénéficient, depuis le début de l’année, d’une prise en charge complète. Nous avons suivi deux demandeuses d’emploi lors d’une matinée de conseils en image.
Tailleur foncé à fines rayures, talons, chignon blond, Muriel Brex, gérante de Déclic Image, une entreprise de coaching et de conseil, mène sa présentation PowerPoint d’une voix haute et ferme. À l’écran, les recommandations en matière de « comportements et d’attitudes » s’enchaînent sans temps mort. « Pas de tenue provocante. Réduire le maquillage. Jamais de retard. Jamais trop en avance. Ne pas se vautrer dans le fauteuil. On ne critique jamais ses anciens employeurs. On évite le privé, le politique. On ne fait pas une tête de condamné. On ne se brade pas. On ne donne pas dans l’autosatisfaction... »

Un projet pilote offrant à 12 chômeurs une prise en charge complète

blanc, pantacourt rouge, et Christine M., 37 ans, carré blond, tunique bleue, leggings clairs, toutes deux chômeuses longue durée, écoutent avec attention. La séance de conseils en image, qui occupe leur matinée, est prise en charge dans le cadre d’un contrat social multipartite (CSM). Lancé en début d’année, ce projet pilote offre à douze demandeurs d’emploi une prise en charge complète, alliant accompagnement social, accès à l’emploi, à l’épargne, à un suivi psychologique individualisé, etc. « L’idée, c’est de mettre en commun les moyens d’associations et d’institutions pour rapprocher de l’emploi des chômeurs longue durée ou en proie à des difficultés particulières : handicap, problèmes de maîtrise de la langue, etc. », résume Nathalie Bueb, coordinatrice du CSM à Cresus-Alsace. Muriel accélère pour en finir avec sa liste d’astuces. On passe ensuite au travail « sur les couleurs, les styles et les codes vestimentaires ». Avant de passer dans une salle lumineuse équipée d’un grand miroir et de deux fauteuils, Muriel démontre en quelques photos ce qu’est un relooking réussi. « On arrive Peau d’Ane, on ressort princesse », commente Sylviane dans un sourire. Assise face au miroir, complètement démaquillée et la tête ceinte d’un bandeau blanc, elle n’en mène pas large. « On va procéder au test couleur, pour voir celles qui te correspondent », explique Muriel. Elle se saisit d’un bout d’étoffe doré qu’elle place sous le visage de Sylviane, puis répète l’opération avec un tissu argenté. « Tu vois, avec l’argenté ton visage se durcit, se métallise, tes cernes ressortent. Avec le doré, c’est l’inverse, tu as l’air défatiguée. Tu es plutôt de couleurs chaudes et de saison automne », conclut Muriel.

« Faut pas rester trop longtemps au chômage »

Premier conseil en conséquence : il faudra peut-être oublier la teinture noire. « On vous donne des conseils, vous en ferez ce que vous voulez », appuie Muriel. Pour Christine, « de couleurs chaudes, aussi, mais plutôt printemps », c’est pire. Les couleurs recommandées, kaki, brun, ne trouvent pas grâce à ses yeux. « Pour moi, ce ne sont pas des couleurs. Je trouve ça caca d’oie. » Pour finir, vient le moment de se faire maquiller par une pro, Isabelle Uhlmann, également coach-conseil. Avant de laisser la place à son employée, Muriel livre à Christine et Sylviane quelques conseils. « On ne se démaquille pas à l’eau et au savon, mais avec un lait », insiste-t-elle avant que Christine ne lance : « Mais c’est dégueu, ça laisse la peau grasse ! » « C’est pour ça qu’après, on se lave avec une brosse circulaire et une mousse avant de mettre sa crème de nuit », lui rétorque Muriel. « Faut pas rester trop longtemps au chômage, parce que tout ça coûte cher », intervient Sylviane. « Il s’agit d’acheter peu et bien. Et j’ai des réductions dans certains magasins », assure Muriel. « Tant mieux. Il nous faut des solutions budgétées. Pour moi, un euro, c’est un litre de lait pour mes enfants. Il y a des travailleurs qui n’y arrivent pas. Alors imaginez les chômeurs en fin de droits, reprend Sylviane. Nous, on a tout perdu, notre emploi, notre dignité, tout. Ici, on reprend confiance, on nous dit ce qui ne va pas. C’est bien. Mais il ne faut pas oublier d’où l’on part. » La séance se termine peu après. Les deux femmes ressortent pimpantes et souriantes. Sylviane élève deux enfants avec 1 400 euros d’allocations handicapé et familiales par mois et un loyer de 600 euros. Christine, mère d’une petite de 4 ans, doit s’en sortir avec 700 euros des Assedic pour payer 40 euros de loyer une fois les allocations déduites.


Manuel Plantin

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